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Convenances et cons...venus.

C'est une impiété inepte d'avoir fait du mot con un terme bas, une injure. Le mépris de la faiblesse? Mais nous sommes si heureux qu'elles soient faibles. C'est non seulement le propagateur de la nature, mais le conciliateur, le vrai fond de la vie sociale pour l'homme. (MICHELET)

Respect des convenances, des contraintes morales, conscience aiguë d'une mission éducative ? Toujours est-il qu'Émile Littré ne consent à voir en con, que le préfixe d'origine latine. Plus audacieux et complets, les auteurs du Robert nous disent qu'il s'agit d'un nom commun et d'un adjectif.  Convaincus que l'exemple est éclairant, ils nous invitent à consulter et à compulser une courte compilation des usages littéraires et familiers de cette paire si considérablement consacrée. Le lecteur consciencieux retrouve des conclusions qu'il connaissait et consommait... Gros con, petit con, vieux con, sale con, jeune con, sans oublier l'élégant et fraternel « pôv'con » de celui qui, viré par la porte, en se rasant chaque matin rêve de revenir par la fenêtre. Conforté dans ses connaissances, et ainsi qu'on le constate souvent la connaissance étant aussi le compost de l'imagination, le lecteur se met, en se contorsionnant les méninges, à concocter quelques formules simples ou compliquées, quelques combinaisons hardies, quelques concaténations baroques ; con sardanapalesque, con perpétuel, con rugissant, con décadent, et tutti quanti. Qu'on n'en doute pas, le concepteur se promet de confronter ses conquêtes lexicales aux constructions et compositions des autres auteurs. En espérant, conséquemment, qu'elles enrichiront les conversations et conquerront, en dépit des conservatismes et des conformismes, la considération de nombreux compagnons et condisciples. Et qu'elles seront enfin, au cours de conférences, l'objet de consensus et qu'elles leur consentiront de briller au sein d'une confrérie compétente, une sorte de conservatoire dont l'œuvre échapperait à toute consomption. Certains rêvent de congrès où ils glaneraient force compliments, ribambelles de congratulations, voire les appuis de quelques consortiums afin de compléter leurs travaux. Après bien des contours et moult concertations autour du nom et de l'adjectif, tout compte fait, et, qu'on le veuille on non, le conquérant linguistique entrera dans une conchoïde ténébreuse. Il devra, fort contrit, constater que ces trois accablantes lettres, bien qu'offrant le confort de la concision, manquent incontestablement de conscience et poussent à l'inconsistance. L'emploi cartésien et commun de ‘’con’’, concourt à la confusion et contamine le sens. C'est de la paresse, et, convenons en, de la pleutrerie, voire de la complaisance combinée à une espèce de complicité ou de basse connivence,  que d'utiliser constamment, en toutes circonstances et sans grande concurrence, les deux consonnes flanquant et contraignant la voyelle. Peut-on conspuer le raciste avec le même adjectif que celui servant à plaisanter un benêt? Peut-on calomnier du même qualificatif les tartuffes patentés et les bêtas, les faussaires malfaisants et les doux ignorants, les illettrés arrogants et ceux qui n'ont pas eu la chance de découvrir et d'apprendre? Peut-on apostropher de la même façon le butor buté, l'hermétique vautré en sa soue de mépris conchiant tout ce qui lui échappe et celui qui n'a pas eu les moyens de se cultiver ?-Que dire de ceux qui concassent toute compassion? Que dire de ceux qui combattent toute compréhension et complotent sans relâche en vue d'une conflagration ethnique et sociale : peut-on qualifier de ‘’cons’’ ceux qui appellent à tirer dans le tas  et ceux qui vocifèrent de joie et de haine en renchérissant sur ces ignominies? Notre vocabulaire est suffisamment riche pour nous permettre de préciser nos sentiments, nos concepts et nos convictions, alors soyons conséquents: bannissons le plus possible ‘’con’’ de notre vocabulaire. Et quand il faut dire, concomitamment, brute et salaud, imposteur et manipulateur, raciste et xénophobe, disons-le! Appelons un chat ‘’un chat’’ et crions-le sur les toits ! Mais de grâce, amis, supprimons à jamais de notre répertoire cette épouvantable saillie. 

Je dédie ce billet à Monsieur Georges Brassens qui à su combler par la magie de sa poésie tous les contrecoups concupiscents de ce petit vocable.

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