La droite a deux attitudes contradictoires en ce moment : elle se frotte les mains sur la vue des divisions présumées de la gauche et elle se livre à une baston sans précédent entre les divers prochains candidats à l’élection de président de la République : ceux qui veulent y aller, à tout prix ; ceux qui veulent empêcher certains d’y aller ; ceux qui veulent que l’autre revienne ; ceux qui… Pour l’observateur neutre du combat des chefs dans l’opposition, les lignes de fractures idéologiques ne sont pas particulièrement évidentes. Entre la droite classique et la droite décomplexée, la doctrine économique est commune, les valeurs sont communes et la politique tendant à favoriser ceux qui en ont le plus au détriment de ceux qui en ont le moins est, elle aussi, commune. De même est similaire la tendance à la droitisation de la ligne politique de l’ancienne majorité : après l’appel lancé par l’ancien en 2007, celui de ses sbires (Fillon puis Copé-le-mal-aimé). Seule est différente l’image que veut donner de son parti chacun des protagonistes, plus respectable pour l’un, plus racoleuse pour l’autre dans une stratégie uniquement électoraliste. Pour le reste c’est blanc bonnet et bonnet blanc, selon la formule de ce grand humoriste qu’était Jacques Duclos.
Les problèmes de la gauche sont d’une toute autre nature, dans un environnement international très contraignant. Avec une culture politique qui n’a guère cédé de place à une remise en question du vieux modèle social démocrate. Avec la sclérose relative de son appareil politique et les obstacles qui se dressent sur le chemin des jeunes générations. La gauche a du mal à définir une doctrine politique moderne ; Politique susceptible de l’autonomiser totalement au sein d’une économie de marché. D’où sa fragilité à résister aux vieux clichés du consumérisme et du productivisme. Sa récente reddition aux arguments du rapport Gallois, et des solutions qu’il préconisait, montre son incapacité à renouveler sa pensée politique vers une société plus participative et un appareil de production plus écologique. Ce travail idéologique est incomplet malgré toute une série d’avancées sociétales qui la distingue du conservatisme indécrottable de la droite actuelle. Sur le plan de la justice sociale, ses avancées sont très nettes avec un souci de redistribution qui mérite une large approbation. Sur le plan économique par contre, sa doctrine la distingue peu de la logique économique actuelle. Si un effort de renouvellement n’est pas fourni rapidement et intensément, la gauche risque de mourir sur les rives incertaines du centrisme le plus banal.