Avec la nouvelle année nous entrons de plain-pied dans la campagne présidentielle. Il serait temps que le vrai débat commence. Or nous en sommes encore loin, englués dans ce que certains nomment ‘’le feuilleton des affaires’’ qui n’en finit pas d’en finir. Il pollue cette élection car les vrais problèmes sont occultés et ne sont pas traités au fond. Nous vivons des instants difficiles, d’autant que la crise que nous traversons n’est pas seulement économique et financière ; elle est aussi sociétale et morale. C’est la société elle-même qu’il faut régénérer.
Un quotidien faisait récemment ce commentaire : « La société Française se fissure. Une partie fait le constat d’un ‘’abandon démocratique’’. C’est la ‘’France des invisibles’’, la ‘’France d’à côté’’, la ‘’France des oubliés'', celle qu’on n’entend pas, dont on ne relaie pas les colères et qui se sent de moins en moins représentée. Nous sommes, donc, dans une situation d’une extrême gravité face à un électorat en complète déshérence. Il n’est ni de droite, ni de gauche, ni davantage du centre. Or, selon les politologues, il représenterait 40% du corps électoral, cet-à-dire 16 millions de voix. Les uns se refugierons dans l’abstention, d’autres pourraient se laisser prendre au piège populiste du Front National. D’ailleurs, dès sont premier meeting en Lorraine, Marine Lepen les a caressés dans le sens du poil. Elle s’est adressée aux ‘’invisibles’’, aux ‘’oubliés’’ dont on ne parle jamais, à ceux qu’on ne voit pas dans le cours de la bourse, les agriculteurs, les ouvriers, les retraités, les artisans, les jeunes. Elle a ratissé large. Le risque d'un 21 avril à l’envers est un risque réel. Il ne faut pas le sous-estimer car il peut nous conduire à des dénouements dangereux pour la démocratie. Le populisme n’est construit que sur des contre-vérités qui se donnent des airs d’évidence. D’aucuns, de la droite républicaine, seraient bien tentés de rejoindre la pieuvre, juste pour empêcher la gauche d’accéder au pouvoir. Tout dépendra de la façon dont les candidats répondront à l’inquiétude de ces hommes et de ces femmes qui ont l’impression de ne plus exister. Il s’agit, donc, de les ramener à l’espoir en les persuadant qu’on les a compris. Ce n’est pas par hasard si Sarkozy prend des positions contraires aux engagements de sa campagne de 2007. Après s’être annoncé comme le ‘’Président du pouvoir d’achat’’ voici qu’il veut être le ‘’Président de l’espoir’’. Une bonne intention. Mais l’espoir ne se décrète pas ! Il se génère par des actions concrètes.
On ne saura vraiment ce qu’il en est que lorsque les candidats viendront à l’essentiel, cet-à-dire aux mesures qu’ils entendent prendre pour changer les choses. Seul, il faut le reconnaître, Hollande c’est positionné avec un projet généreux et altruiste. Bien entendu, qu’on soit de gauche ou de droite (pauvres ou riches), le projet séduit ou pas.
Le pire serait d’en venir à un combat cacophonique et illisible. Pourquoi ? Parce qu’on se bouscule au portillon. Ils ne sont pas moins de 15 candidats déclarés ou potentiels. Ils sont de tous horizons. Certains sont dans l’attente des 500 parrainages exigés pour figurer. Et d’autres n’iront peut-être pas jusqu’au bout faute de moyens financiers. Cet émiettement risque de gêner les mieux placés. On se souvient qu’en 2002 c’est en grande partie J-P. Chevènement qui, contre toute attente, priva L. Jospin du second tour.
Nous attendons une campagne à la hauteur d’une crise qui a aggravé le sort des plus démunis. Etre candidat c’est assurer une très lourde responsabilité.