La France a désormais en Corse une nouvelle armée. Le patriote est maître du maquis. L’agent de liaison, le ravitailleur, le franc-tireur retrouvent les qualités ataviques. Faire le guet, marcher sans laisser de traces, s’annoncer par un léger sifflement. Chacun connaît et applique les règles de vie au maquis. Le terme ‘’bandit d’honneur’’ reprend son sens originel. Le maquis redevient le refuge des pourchassés. Le maquis, c’est la base de départ des embuscades, des coups de main. Le siège des postes de commandement, des postes émetteurs, des imprimeries. Le rideau protecteur des parachutages…
Dans les ruelles du Vieux-Port de Marseille, le 28 décembre 1942, deux hommes cheminent, le nez au vent. Deux dirigeants du ‘’Front National’’ fouillent la ville à la recherche d’une filière d’armes.
--Des armes ! Mais vous êtes fous. Ici nous préparons la mise en place de nouveaux pouvoirs publics après le débarquement.
Ce soir là, Jean NICOLI regarde Arthur GIOVONI droit dans les yeux et lui dit :
--Arthur, je donne mon adhésion au Parti communiste. Retournons en Corse. Là-bas il y a des hommes. Des hommes qui s’armeront sur l’ennemi.
C’est un berger. Il contracte en 1937 un engagement de cinq ans dans la marine et fait la guerre de 1939-1940 en Extrême-Orient. Peu après il embarque sur le ‘’Strasbourg’’. A bord on lui donne deux questionnaires. L’un lui demande d’attester qu’il n’est pas juif. L’autre qu’il n’appartiendra à aucune société secrète.
Il remplit le premier. Mais ce n’est pas pour rien qu’on s’appelle ’’Ribello’’ de père en fils dans la famille ; il écrit : « J’ignore de quelle société vous parlez. Mais je me réserve le droit d’en faire partie à l’avenir, si cela me plaît ». Après cinquante-deux jours de prison le fusilier Dominique LUCCHINI est exclu de la marine.
Le voilà de retour à Cargiaca, dans la maison paternelle, trayant les chèvres et jardinant. Et il nous raconte :
En octobre 1942, je me lie d’amitié avec un jeune instituteur, Angelin CHIARONI. Celui-ci cherche un moyen de résister. Il en a déjà parlé avec un communiste, Charlot GIACOMINI, traqué par Vichy et réfugié au maquis. Une chose m’intrigue : Ce GIACOMINI qui n’a ni tué, ni volé, pourquoi le pourchasse-t-on ?
Et puis, un jour, les Italiens sont arrivés au village. Toutes les maisons étaient fermées. Non par panique, mais ça faisait mal de les voir. Tout un bataillon de fantassins. Ceux-ci ne paraissent pas bien belliqueux. Mais il y a les autres, ‘’chemises noires ‘’et carabiniers. Ils espionnent, pillent, inscrivent des slogans de victoire. L’arrogance de ceux-là préfigure l’annexion et incite à la résistance. Ceux-là m’ont poussé au ‘’Front National’’. Un soir on arrête mon père. Pour le faire libérer je me constitue prisonnier. En cellule, mon voisin est un communiste, Jean GIOVANNI.
--Tu es là pour tes idées ? Tu ne vas pas me faire croire ça…
C’est pourtant la raison. GIOVANNI n’a ni tué, ni volé. En prison, je fais la connaissance d’un vieux communiste, PIETRI. On parle de résistance. Je parle d’évasion, GIOVANNI m’approuve et me donne la filière pour rejoindre les communistes du Sud, organisateurs du ‘’Front National’’. Le soir, j’escalade le mur et je disparais. Je rejoins le groupe de Charlot GIACOMINI. Quand je remonte au village, mon père est au maquis avec les résistants. Ils ont pris les armes quand ils ont vu l’ennemi arriver avec des fûts d’essence pour incendier notre maison.
Mes trente-huit jours de prisons vont coûter cher à l’ennemi.