Lors du dernier billet, nous parlions ‘’d’omerta ou pas’’. Je voudrai rajouter à ce billet, une réflexion que je ne suis pas seul à partager, mais que je considère comme étant la fange du fond du puits. L’eau que nous tirons à grands coups de baquet est une eau pure et limpide. Certains risqueraient-ils de racler le fond, si tant est qu’ils y parviennent, pour voir si la lie est meilleure que le cru ? Faut-il, à ce point, manquer de jugeote et de circonspection ? Je commencerai à me ‘’méfier de l’eau qui dort’’, eut égard au proverbe. Car dans notre belle contrée de Corse, nous vivons, encore, à l’unisson de vieilles coutumes, issues ou ayant engendré une foultitude de préceptes et d’adages. Pire ! Chez nous, sur notre île, ces aphorismes sont, souvent doubles, car déclinés en langue Française et en langue Corse. Voyez-vous ce que je veux dire ? Par exemple, nous parlions de l’eau qui dort et dont il faut se méfier ! En Corse ce proverbe est ainsi illustré : ‘’Un circa u can’chi ghjace’’ traduit par : ‘’Laisse tranquille le chien qui repose’’. Et l’on comprend bien, la similitude qui existe entre l’eau et le chien. Mais pour mieux imager mon propos, je vous donne cet autre exemple. J’habite un petit village de montagne où il n’y a plus de commerce qu’une épicerie et une boucherie. Les habitants se rendent à la petite ville d’à coté qui se situe à une dizaine de kilomètres, Là on y trouve à peu près tout. Il y aura toujours quelqu’un qui vous verra boire un coup, au café du commerce et qui le racontera à qui veut l’entendre. Tant il est vrai que les méditerranéens vivent dehors la plupart du temps, et donnent l’impression que tout se fait sous le regard des autres, et que, forcément, tout se sait…Mais l’on sait quoi ? au juste ? Des on-dit… des rumeurs… des médisances… des supputations… des suppositions… et alors ?
Ben ! Le rat des villes qui ne connaît que l’antienne ‘’métro, boulot, dodo’’ pense que le rat des champs va vouloir lui faire des confidences, des révélations croustillantes qui vont l’aider dans ses investigations.
Mais le rat des champs sait qu’il ne sait rien, bien entendu. Et qu’il ne va pas mettre son village à feu et à sang, en poussant la porte d’une gendarmerie ou d’un commissariat de police afin d’y rapporter des ragots qui se colportent sur le marché du samedi et qui ne sont, au fond, que l’occasion de dire du mal de son cochon de voisin.
C’est de là que se répand l’idée que tous sont complices et que tous sont à mettre dans le même sac. Ce sac qu’il faut précipiter dans les profondeurs étales et sans marées d’une Méditerranée ensoleillée et lascive et que les Corses nomment : ‘’Mare nostrum’’. Alors ? Omerta …ou pas ?