Un de mes proches amis qui partage mes idées, en général, me disait, il y a de cela quelques jours : « Je suis allé à Marseille passer un weekend. Je fus très étonné du manque d’ambiance qui régnait dans les rues, les faubourgs et sur les places. Plus de brouhahas festifs et décontractés ! Plus de bousculades joyeuses. Les lieux étaient déserts comme certains villages qui se dépeuplent et dont la jeunesse à fui les allées. Et même, si ce n’est qu'un leurre de mon esprit, La Bonne Mère, du haut de son piédestal, semblait ne plus vouloir veiller sur personne ».
A Marseille on en est au vingtième assassinat en 2012 que l’on baptise ‘’règlement de comptes’’ ! Comme s’il était normal de régler ses comptes à coups de Kalachnikov.
Chez nous, sur l’île, nous comptabilisons, pas moins de 19 homicides depuis le début de l’année. C’est, malheureusement, un constat d’échec. En Corse aussi, ''on règle ses comptes''. Pas à coups de Kalach. Mais la chevrotine ou le pistolet, excusez-moi, ça n’est guère mieux.
Pourtant, il existe une grande différence entre les crimes perpétrés en Corse et ceux perpétrés à Marseille. Un crime reste un crime, me direz-vous, et sous tous les cieux du monde, la règle n’est pas intransgressible ! Oui ! Mais avec, tout de même, une différence de ton sur le fond. Vous remarquerez qu’en Corse, on ne tue pas un commerçant pour lui piquer une centaine d’euros. Qu’en Corse, vous pouvez laisser les clés sur le contact de votre voiture : vous les retrouvez en revenant. Qu’en Corse, hommes, femmes et enfants peuvent sortir, la nuit tombée, sans se demander si l’on ne va pas leur piquer leur sac ou leur téléphone portable. Alors ? Pensez-vous, toujours, que la Corse et Marseille sont de semblables coupe-gorges ?
A Marseille les ministres de l’intérieur se suivent et se ressemblent. Ils se sont forgé des certitudes en regardant les films de Coppola dans leur jeunesse. Le staff parisien de la police est descendu injecter du sang neuf dans les artères sclérosées de cette vieille dame, aux restes superbes, mais minée par la corruption. On ne dira jamais assez, le côté féminin de Marseille, à la fois envoûtante et effrayante, pour ceux qui ne la connaissent…pas !
En Corse, c’est la même mouture. Des promesses, toujours identiques au fil des ministres qui se suivent. Sauf, que depuis le dernier coadjuteur, il s’est produit une chose dont on n’osait même pas effleurer le sujet : ‘’Rompre l’Omerta’’ : en quelque sorte parler de ce que l’on sait... ou pas…. Les esprits chagrins comparent cet état de fait à de la dénonciation. Pire, à de la délation, comme aux plus tristes périodes de l’occupation. Car il ne faut pas oublier que pendant l’occupation, en Corse, aucun acte de ce genre n’est survenu. Non seulement ! Mais aucun juif n’a été donné, aucun !!! Et il serait impensable que la foi qui animait les habitants en cette période, à nulle autre comparable, tant elle fut cruelle, impitoyable et inhumaine, il serait, dis-je, impensable que cette foi puisse changer.
Alors, me direz-vous : quand un tiers est témoin d’un accident, routier par exemple, ne doit-il rien dire au prétexte qu’on ne dénonce pas ? Je pense, sincèrement, que le cas n’a rien à voir. Et je dirai que si quelqu’un est témoin d’un meurtre il doit le dénoncer ! Oui ! Mais avec quelle dose de risques ? Surtout que ce qui, il y a quelques années, étaient des homicides d’idées, sont devenus, de nos jours, des homicides d’intérêts. J’explique ma pensée : il y a peu de temps, encore, les nationalistes, indépendantistes, autonomistes, etc. se faisaient ( ?) la guerre pour des idéologies et des courants de pensées différents, mais respectivement avérés, concernant le territoire, la langue, l’économie, le littoral, etc. D’ailleurs, des associations se sont crées qui ont pris la relève pondérée, pacifiques et sereine de ces mouvements. Aujourd’hui, se ne sont plus du tout ces sujets là qui tarabustent l’esprit des maîtres d’œuvres de ces tueries. Se sont des clans animés par l’affairisme à connotation ‘’maffieuse’’. Affairisme issu de la drogue, de la prostitution, de l’immobilier, et que sais-je encore ? Ces malfaiteurs –le mot est faible- cherchent des ''machines à laver'' l’argent sale. Prenez l’exemple de l’ACA, club de foot professionnel de la ville d’Ajaccio. 1) On a tenté d’assassiner (grièvement blessé par chevrotines) le responsable des buvettes ; 2) on a tué Maître Antoine Sollacaro qui était l’avocat du club de l’ACA, 3) Jacques Nacer président de la CCI de Corse-du-Sud, secrétaire général du même ACA, assassiné sur son lieu de travail. Et que penser de la crainte et de l’épouvante d’Alain Orsoni, lui-même président du club, (s’affichant sur tous les plateaux de télés, pour crier qu’il ne sait rien et qu’il n’a rien à dire). Comment ne pas se poser la question: ''Qui veut l'ACA?''
Je vous explique, en deux mots, comment ça fonctionne ‘’une machine à laver’’ (pour les non-initiés). Lors d’une rencontre de foot à domicile, un club (n'importe lequel) reçoit 5 à 7 mille spectateurs à 20 € de moyenne. Montant de la recette : de 10 à 15 mille €. Le trésorier du club déclare 15 mille spectateurs soit, 30 mille €. Somme blanchie : entre 15 et 20 mille € (CQFD). Ce sont des opérations identiques qui se répètent à l’encan avec des bars, des boîtes de nuit, des villas, etc. etc. Une vraie boutique d’électroménager. Alors, la question se pose : ‘’Qui sont les pourvoyeurs de ses actions mortifères ? Quel argent sale veulent-ils laver?’’.Si l'on cherche dans la bonne direction, on aura pas de mal à répondre à ces questions. Qu'importe d'où vient le vent si l'on ne sait pas vers quel port se rendre!
En tout cas, on se promène et on flâne, encore, dans les rues et les faubourgs d’Ajaccio…sans peur, sans appréhension et sans anxiété.
PS : Aujourd’hui, 26 novembre, à Marseille un chauffeur de car, a été abattu par un voyou qui lui a volé sa sacoche. (Infos télé de midi)