Un référendum ! Pourquoi pas ? Tout dépend du sujet qu’il concerne. Sur le fond, on ne peut qu’être d’accord avec un tel recours qui relève de la démocratie participative et donne la parole au peuple. A condition, toutefois, que son usage soit limité à de grands problèmes de société, engageant l’avenir du pays. Bon nombre de spécialistes du droit constitutionnel partagent ce sentiment. Le référendum, ne saurait, en aucun cas, être un mode de gouvernance. On ne peut pas faire un référendum toutes les semaines ou tous les mois pour chaque décision à prendre. Qu’en est-il du projet de Nicolas Sarkozy de soumettre à référendum, s’il était réélu, l’allocation-chômage. Ceux qui la perçoivent seraient mis dans l’obligation de suivre une formation proportionnelle et d’accepter, ensuite, n’importe quel emploi qui leur serait proposé. Les réactions sont aussi vives que nombreuses. Il est vrai que l sujet conflictuel c’est bien celui du chômage. Les hommes et les femmes qui se retrouvent sans emploi du soir au lendemain ne sont pas des nantis, des privilégiés, mais de véritables sinistrés sociaux. Ils sont humiliés dans leur dignité, en proie au vertige de l’avenir. Avec cette lancinante question : « De quoi demain sera-t-il fait ? ». Voici qu’on en arrive à les présenter comme des profiteurs, des fraudeurs installés dans l’assistanat. Cette culpabilité leur fait outrage. L’aide nécessaire qu’ils perçoivent de la nation s’inscrit tout simplement dans la solidarité. Vouloir exiger que les chômeurs acceptent, à l’issue d’une formation, la première proposition venue, c’est les rendre responsables de leur situation et c’est inacceptable. Il faut mettre le doigt sur la véritable plaie et souligner à juste raison que « le problème c’est le chômage et non les chômeurs ». Pour autant, il est incontestable qu’il puisse y avoir toujours de mieux adapter notre système d’indemnisation du chômage, de formation et de recherche d’emplois. A l’évidence, s’il est un sujet qu’il ne faut surtout pas traiter par référendum c’est bien le chômage. Il est par nature conflictuel et délicat, propre à toutes les interprétations. Peut-on imaginer un référendum dont la question serait : « Êtes-vous pour ou contre l’allocation-chômage ? ». Car, ne nous leurrons pas. C’est la vraie question qui sera posée. Et, à moins de vouloir attirer à soi les voix extrémistes, quel peut être le but d’une telle consultation populaire ? Il faut revenir à plus de sérénité, à plus de réalisme et tout faire pour qu’on ne s’engage pas dans un débat qui envenimerait la campagne présidentielle. Ce dossier à très haute sensibilité, ne peut être réglé que par un dialogue avec tous les partenaires sociaux, syndicats et chefs d’entreprises. Nicolas Sarkozy n’a pas toujours été un ardent défenseur du référendum. Il s’en éloignait même en 2007 avec cette interrogation : « Croyez-vous que si je suis élu, je vais aussitôt dire aux Français, j’ai besoin de vous demander votre avis sur un autre sujet ? ». Et qu’en fut-il du référendum de 2005 sur la constitution Européenne, ou la majorité des Français avaient votés ‘’NON’’ à 54,68 % ? S’en est-il, seulement, soucié ? Alors que tous les candidats à cette élection présidentielle affirment haut et fort, leur volonté de rassembler les Français, il y a lieu d’éviter tout débat de nature à créer la division. C’est dire qu’il importe de faire bon usage du référendum et de ne pas en faire un facteur de discorde.