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Une campagne sous haute tension

Les mots peuvent être aussi meurtriers que des balles de révolver. Il faut faire attention à ‘’ceux que l’on utilise’’. On vient d’en avoir l’exemple avec une petite phrase –une de plus- de Claude Géant. Elle a mis le feu aux poudres. En déclarant que : « contrairement à ce que dit l’idéologie relativiste de gauche, pour nous, toutes les civilisations ne se valent pas », il a provoqué une véritable onde de choc. Elle a conduit le député apparenté PS de la Martinique, Serge Letchimy, à réagir avec brutalité, en plein débat de l’Assemblée Nationale. « Aucune civilisation ne détient l’apanage des ténèbres ou de l’auguste éclat » a-t-il lancé au ministre de l’intérieur. « Aucun peuple n’a le monopole de la beauté, de la science, du progrès ou de l’intelligence. Vous privilégiez l’ombre. Vous nous ramenez, jour après jour, à ces idéologies européennes qui ont donné naissance aux camps de concentration. » Tollé dans la majorité, au point que le Premier ministre, suivi des membres de son gouvernement, à quitté l’hémicycle. Du jamais vu depuis l’affaire Dreyfus. Claude Géant ne pouvait pas ignorer que sa « petite phrase » provoquerait un séisme politique. Elle rejoint les thèses du FN. Ses propos étaient, à l’évidence, discriminatoire. Dire que « toutes les civilisations ne se valent pas » est contraire à la réalité. Toutes les civilisations ont leurs richesse, leurs valeurs et leurs raisons d’être. Elles sont simplement différentes à travers leur mode de vie, leur culture, leurs traditions, leur religion. Le ministre de l’Intérieur a donc délibérément pris des risques qu’il lui revient d’assumer. Que le député Martiniquais ait réagit à ces déclarations peut se comprendre. Mais lui-même a dépassé les bornes avec des assimilations démesurées. Il faut savoir garder raison en toutes circonstances. Jamais une campagne électorale n’aura été engagée dans un tel climat de haute tension. Il n’y a pas un jour sans déclaration enflammée, importune, de nature à jeter de l’huile sur le feu. Plus ou moins, tous les candidats portent la responsabilité de ces couacs, de cette cacophonie, de cette foire d’empoigne qui tourne parfois au jeu de massacre. C’est prendre le risque d’occulter le débat et de désorienter, de lasser les électeurs qui se retrouvent sans repaires évidents. Il est, certes, utopique d’imaginer un code de bonne conduite. Mais il serait vraiment utile de calmer le jeu au moment où l’entrée en campagne de Sarkozy va accélérer les choses. Avec le risque même d’emballer le moteur. Il serait souhaitable que les candidats se respectent davantage, s’éloignent des querelles de personnes pour s’en tenir à l’essentiel. Face à la crise qui angoisse le pays, ce qui importe à chacun c’est de savoir ce dont quoi   demain sera fait. Les Français attendent des réponses claires, des engagements solides sur l’emploi, l’éducation, la santé, le pouvoir d’achat. Il ne s’agit pas d’aseptiser le débat mais de lui donner plus de consistance et plus de vérité. « Le rôle de la presse n’est pas de faire plaisir mais de tremper la plume dans la plaie » disait Albert Londres. Ce qui est vrai pour la presse l’est aussi pour la politique. Elle doit s’exprimer sans insulter. C’est ce qui s’appelle simplement :’’La Démocratie’’.

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