Sitôt les derniers visiteurs repartis, je m’empressai de me remettre à l’écoute de ma cépée. Il y avait un peu le feu à l’usine, car la pluie nous était élégamment prédite par les instances météorologiques de Campo di L’oru par le truchement de Frequenza Mora, la station locale et insulaire de France-Bleue. Pourtant, nous étions le 25 août jour de la Saint Louis. L’astre solaire resplendissait de mille feux. L’adage dit ‘’Beau temps pour la St Louis, plusieurs jours sans pluie’’. Pour donner plus de vigueur à mes gobelets, il me fallait pratiquer un effeuillage de qualité. Les grappes aux grains déjà dodus, n’avaient plus besoin d’eau. A la rigueur, quelques brumes matinales qui pourraient accélérer le développement d’une pourriture noble aux propriétés exceptionnelles. Si vous saviez… Ces cépages corses sont capables d’offrir des jus d’une typicité insolite. Car l'alliance du climat, du terroir et des vieux plants originaires de l’île, donne à nos crus, un caractère unique. Ces cépages,
ressuscités par des mains expertes et des greffes habiles, ressurgis de leurs cendres, tel le Phénix.
Ca l’a bien tenu jusqu’au 2 septembre. Les fins d’après-midi faisaient prendre à not’ montagne, des tonalités ténébreuses et menaçantes. Là-haut, ça faisait un raffut de tous les diables. ‘’Par un soir de septembre, à cheval sur les toits, un vrai tonnerr' de Brest, avec des cris d' putois, allumait ses feux d'artifice.’’ Ça, c’est pour faire plaisir au Vieux (et a d’autres); il adore cette chanson de Maître Georges. Oui, mais voilà ! Notre junior de la bande au père Charles, débarquait le samedi 3 septembre, emmenant dans ses bagages : 1°) une gondole de confiserie fine directement issue du marais poitevin (la gondole), 2°) un très beau pavé de 633 pages retraçant la vie du ci-dessus nommé, et 3°)… la pluie ! Oh ! pas une grosse pluie, non ! Quand même… c’est pas très bien apprécié par la vigne, les ondées aoûtiennes. C'est point la bonne époque . Pourtant, ce qui prévalait, avant tout et sur tout , c’était la présence de mes amis Daniel et Pilar. Ces deux là étaient faits pour se rencontrer. Nous étions comblés d’amitié pure et sincère. Nous avons traversé ensemble de merveilleux moments. Tout y est passé ; le rugby, la chanson, l’écriture, notre jeunesse, la politique, les promenades, la citadelle de Corte, le zoo de Ghisonaccia et … le vin, bien sûr ! Mais ces heures d’une forte intensité, passent tellement vite que déjà ces amis là, encore, étaient partis vers d’autres espaces sous un beau soleil de retour.
Et comme à chaque fois c’était un crève-cœur.
Je me pensais que j’allais être obligé de laisser mon troupeau de ceps un peu à l’abandon. Car j’allais rejoindre d’autres amis en terres Pianaises pour continuer mon chemin de Compostelle de l’amitié. Et, comme toujours, Loulou (Louisette) et François nous attendaient, fidèlement, là-bas, quartier Saint Antoine, dans la douceur de leur fraternelle affection et de ces belles journées automnales. C’est pas de l’amitié avec ces deux là. C’est d’l’amour. Maternel, fraternel, éternel ? Du vrai, du palpable que vous sentez battre sous vos doigts. Que du bonheur !!! Ce séjour m’aida à patienter quelques temps encore avant la touche finale. La grand'messe qui se préparait en sourdine, presque secrètement. Nous arrivons, quasiment, à l’épilogue. La maturité de ces mélanges harmonieux ''amitié et ampélographie'' ne saurait tarder. Mais un reliquat de patience vous est indispensable.
La suite au prochain billet: