Eh ! Oui ! Ca devait arriver. Pendant de longs jours, dont chacun semblait une éternité, je suis resté coi. Coi! Mais uniquement sur ce bout de toile où mes doigts, longtemps sevrés, criaient leur désespérance. J’avais, comme un bon vigneron, laissé fructifier le pampre afin qu’il prenne grain. Le travail de la vigne est un travail de longue haleine. Ce sont une suite d’épreuves qu’il faut accompagner scrupuleusement, pas à pas, sans dévier du chemin tracé par les ceps alignés les uns derrière les autres, tenus entre eux sur des rangées de fil roidi par des tendeurs. C’est l’âme du vignoble. C’est le sein même de l’amitié et du souci que l’on se fait pour ceux que l’on aime.
D’autant que, malgré une avant-saison particulièrement néfaste, les mois estivaux hauts en soleil étaient prometteurs d’une récolte sinon quantitative pour le moins supérieure en qualité et en caractère. Dés lors, nanti des ustensiles nécessaires à une telle récolte, je décidai de cueillir ce fruit gorgé de douceur.
Il avait belle prestance ce cépage 2011. Force est de reconnaître que les vrilles, nées du mois d'avril, s'étaient fortement agrippées le long de leur support, aidant dans leur progression, les sarments d'une rare robustesse: celle de l'amitié forte et indéfectible. L'ébourgeonnement m’avait appliqué quelques plaies au cœur. Les remontées de sève hivernale laissaient paraître, les jours de lune montante, un flot impressionnant de larmes arboricoles. Mais le débourrement, grâce à quelques artifices de ma propre fabrication et une taille sévère dans le genre ‘’Avant-première transfigurée’’ ou ‘’L’envie’’, eurent tôt fait de déclencher une cicatrisation propice à la régénération des moments de félicité et de bien être. Aidé que je fus par quelques adeptes de ce genre de culture, qui eurent le courage de m’interpeller afin d’appuyer mon mode de réapparition tout en participant, les uns à l’ouvrage des futailles, les autres à la besogne de la terre, certains à l’épamprage, ceux-ci à l’éborgnage, les plus férus au dessagatage et à l’éclaircissage. Les derniers enfin, après avoir participé au lavage des cuves, des foudres et des barils, se prêtèrent au labeur de la vendange sous tous ses aspects. Laissez-moi vous conter ici cette fabuleuse aventure...
Dés le début du printemps, par delà les monts du GR20, sur la côte ouest de notre île, des amis Bretons, aguerris aux professions de l’amitié, nous avaient invités à venir considérer leur terroir situé sur les versants du golfe de Porto. Excellente exposition, propice à un cru de haute estime. Ce fut un échange d’une grande camaraderie et d’affection partagée. Nous en profitâmes, d’ailleurs, pour prendre les premiers bains de mer de l’année à la plage d’Arone ; précision pour les connaisseurs. C’était à la Saint Parfait : le fond de l’air était bon. Celui de l’eau l’était un peu moins ! Mais notre affection supportait bien ce mélange des températures. C’était, aussi, le temps du piochage de la terre. Nos amis, passés maîtres en la matière, nous initièrent aux labours du terreau sur lequel prennent vie les cépages les plus renommés et naissent les meilleurs instants de bonheur et de convivialité partagés. Les premières occurrences d’un renouveau étaient posées. Le cycle annuel reprenait vie ...
La suite au prochain billet