Ce mois d’avril terminait son chemin dans la tourmente céleste des stratus et des cumulonimbus. Le froid était revenu comme aux pires journées d’hiver. Les nues pleuraient toutes leurs amertumes.
J’étais là, orphelin d’astre majeur, à me demander qui pourrait venir illuminer mes cieux de sa jovialité, de son allégresse et de son enjouement. Quel ami, surtout, viendrait m’apporter le réconfort et me darder de son aiguillon afin que sur le métier je repose mon ouvrage. Cet ouvrage qui, s’il rend les mains calleuses et les bras noueux, vous donne la force et la vigueur indispensables pour continuer le travail entrepris quelques semaines auparavant, là-bas, sur la côte occidentale.
L’époque de la fumure, de la taille sèche et des sulfatages frappait à l’embrasure de ma parcelle vinicole ainsi qu’au vestibule de mon pré carré d’affection. Le phylloxéra, le mildiou et la cicadelle pisseuse (voir photo: non ce n'est pas une cigale), comme l’oubli et l’agnosie de ceux que l’on aime, ne pardonne aucun écart ni aucune dissidence. Cette inconvenance de gout ne ferait qu’alimenter la rupture de l’essor nouveau pour la vigne et de l’amitié intègre pour d’anciens compagnons de route.
Il arriva ce rédempteur. Par un matin de début mai, charriant derrière lui des flamboiements de lumière irisée, de gaieté franche et d’éclats de rires. Le soleil collait à ses basques et la chaleur exhalait de tout son être. Ce presque ancien que, même jeune, l’on appelait le Vieux, avec un V majuscule, n’en déplaise à quelques jaloux. Ce Vieux, plus renaudeur et plus ronchon qu’une armée de grincheux acariâtres. Mais dont le cœur peut déplacer des montagnes de joie, de félicité, de bonheur et qui vous offre de flatter ensemble le nirvana. Un être d’une sensibilité extravagante et dont le travail sur les plants de vigne et sur mon humeur se fit sentir instantanément. Nous commençâmes par goûter les crus des années passées afin de nous mettre au diapason l’un l’autre. Car il était nécessaire, pour continuer l’action entreprise avec nos amis Bretons (ceux de la côte occidentale, évidemment), de nous prémunir de quelques forces. Ah ! Il ne rechigne pas à la tâche notre grand ami. Lui qui se fiche, comme d’une guigne, du flacon autant que de son contenu, pourvu qu’il ait son content de spiritueux et de spirituel. Il ne fléchissait pas d’une once, tonton Chris. Depuis ses cascades Balanines, la pêche au mulet et jusqu’à l’arrivée attendue de ses soixante huit balais. Tout y passa ! L’amitié tint la barre et le bar tint l’amitié. Entre pottos et piliers nul besoin de faire un choix. Le labeur entrepris continua son bonhomme de sentier.
Puis un jour, comme il s’en était venu, dans la discrétion, la pudeur et la modestie qui l'honorent, il s’en retournait, là-haut, chez lui, emportant dans ses bagages, sa lumière, sa jovialité, tout le diable et son train… Je restai seul auprès de mon cep qui avait encore, un long, un très long chemin à faire. Mais cela est une autre histoire…
La suite au prochain billet…