Un seul être vous manque et tout est dépeuplé. ‘’Auprès de mon cep, j’vivais malheureux’’ pour le coup. C’est quand même pas banal ces histoires d’amitié où je viens, je pars, il en revient un qui prestement repart aussi… et coetera… et coetera. Ca va-t-il bientôt finir ces va et vient incessants entre mon cœur et ma vigne ? Ma vigne et mon cœur ? Je suis en renaude. Mains dans les poches et coups de savate dans des boîtes de conserve. Mon cœur à moi ? Qui s’en préoccupe ? Ma vigne à moi ? Qui s’en inquiète ? Le calepitrimerus vitis et l’eotetranychus carpini, ces ravageurs qui vous déciment feuilles et fruits sans se gêner le moins du monde ! Et l’oubli, loin des potes, qui vous ronge le moral ! Tous ces fléaux du début de l’été qui, outre la chaleur incandescente qui brûlent nos ramées, nous corrodent veines et artèr
es. Amère destinée…
Puis v’là que l’crincrin grelotte. Ah ! J’n’ai pas trop envie d’être dérangé dans mes réflexions de désolation et d’affliction. Quand même, me dis-je, répond ! On n’sais jamais. Qu’ouïs-je au fond du turlu ? Un tonitruant : ‘’Salut ma couille’’. Je rêve, que j’me dis. Mais c’est l’Nounours. C’est mon Fournier. C’est mon ‘’Grand Meaulnes’’ à moi. Lui et toute sa smala ("zmâla" qui désigne une réunion de tentes abritant des familles et les équipages d'un chef de clan) suivi de son meilleur calife : le Sylvain de la famille des Mourgues. J’entends, derrière eux, les clapotis de la ‘’Méditerranée’’ qui se laisse bercer dans le golfe de Lava. La vie me revient dans l’âme et dans le corps. Je ris ! Je pleure ! Je suis comme la vigne : assoiffé ! Mes bras se redressent telle la ramure recueillant l’ondée bienfaisante. Nous allons pouvoir attaquer l’épamprage afin d’éviter une consommation inutile de sève. Eux, lui, nous, moi, tous ensemble, bon sang de bois. La belle assemblée que voilà qu’il m’est donné de serrer contre ma poitrine. Entre les rangs de ceps, là où les alluvions ont tracé leur sillon, je laisserais couler mes larmes de bonheur. Quelle meilleur eau pour irriguer les plans jusqu’à leurs plus profondes racines. Je savais que l’amitié ne pouvait pas m’avoir abandonné. Elle était là, présente au bord du chemin de la vie. Elle me tenait la main.
Mais voilà ! Une fois encore, ma bande d’ami doit suivre sa route. Pourtant, il ne me restait que quelques jours pour appliquer le dessagatage de mes protégés. Faire sauter ces sauvageons qui mettent à l’épreuve mes porte-greffes et qui torturent mon crural. Quel supplice ! Et, juste quand je perds pied, allez-savoir comment les choses se font, le grand J.C. (non, pas Jésus Christ, Jean-Claude) Delbart, comme au bon vieux temps des départs au ras, vient s’intercaler entre Sylvain et Nou
nours. Il s’empare de l’aimable vessie gorgée de fraternité affectueuse et plante une banderille en plein volcan de l’amitié. Ah ! La belle aventure au gué ! Nous dessagatâmes à tour de bras. Et, pour comparer nos crus légitimes, mon camarde ayant trimballé dans ses malles quelques fioles anjouanaises, nous mîmes un point d’honneur à culbuter ces demoiselles qui rafraîchirent nos palais et réchauffèrent notre amitié. ‘’Nous vivons une époque formidable !’’ aurait dit notre cher grand Dudule. Et il s’y connaît. Un autre bout de l’itinéraire était accompli. La maturation s’approchait. Mais il restait bien du travail…
Suite au prochain billet…